• Thrillers/Policiers/Polars

  •  Que ressent-on quand on partage les pensées d'un pédophile ?

     

    La tancheDans un village de la banlieue d'Amsterdam, au bord de la mer, de nos jours. 
    Jonathan, la trentaine, sort de prison. Dans le bus qui l'emmène chez sa mère, il se répète ce que le psychologue lui a enseigné : s'il organise rigoureusement ses journées, il sera un homme meilleur. 
    Jonathan se le promet : il va s'occuper de sa mère, faible, asthmatique, retourner travailler à l'usine de poissons, promener le chien, aller à la pêche. Il restera seul, il ne parlera à personne, il va s'occuper les mains, l'esprit, tout pour ne pas replonger. 
    Car Jonathan est un pédophile. Il est sorti de prison, faute de preuves. Le psychologue lui a parlé d'un taux de récidive de 80 %. Il sait qu'il ne doit pas se laisser déborder par ses pulsions. 
    Or, dans ce quartier en démolition où vit sa mère, vivent aussi une mère célibataire et sa fillette...

    Editeur :  Belfond
    Genre: litterature étrangère
    Date de sortie: 17/8/2017
    Prix du livre papier : Broché : 21,00€ 
    Version numérique: 14,99€ 
    Nombre de pages :  224

     

     La tancheDonner son avis ce roman est une gageure qu'il n'est pas simple de relever. Tout d'abord parce qu’il est difficile, voire impossible d'évaluer ce roman tellement il est incontestable que le personnage est hors norme. Cependant le lecteur ne peut s'empêcher d’admirer le travail de l'auteur au nom imprononçable, qu'il aussi pas aisé d'écrire sans se tromper.

    Inge Schilperoord (merci le copié/collé) maîtrise son sujet, pour cause, elle est psychologue judiciaire de son état, ou tout au moins l'a été assez longtemps pour savoir de quoi elle parle. Donc forcement des Jonathan, elle a dû en croiser plus d'un. Cependant je me demande quelles peuvent  être ses motivations, ce qu'elle a cherché à démontrer. Le cheminement de Jonathan est-il universel quand les pulsions sexuelles poussent des hommes  vers des enfants ? Peut-on échapper à ses démons avec de la volonté et une aide psychologique, en fuyant la tentation, ou au contraire en l'affrontant et en combattant avec force ? 

     Dans le cas de Jonathan, on ne peut pas négliger tout un enchaînement de circonstances : une gamine livrée à elle même qui se jette dans la gueule du loup, un climat familial glauque, un jeune homme mentalement déficient, une mère qui s'efforce d'oublier ce qui s'est passé et de faire comme si tout était normal. Excuses peut-être pitoyables mais l'auteure n'a quand même de cesse d'insister.

    D'un autre coté nous nous trouvons face à un trentenaire en marge de la société, interné suite à un délit grave et libéré faute de preuves suffisantes. Là, j'avoue on grince des dents. Cependant, l'auteure ne sera pas explicite, et ce qui s'est passé avec Betty reste quand même assez flou, pour preuve la libération de Jonathan. On se demande alors quels sont les éléments nécessaires pour sanctionner un comportement déviant.Et j'avoue que c'est assez inquiétant tant l'histoire est transposable et que l'on peut, même, l'imaginer anecdotique. 

    A partir de là, on plonge, à travers cette fiction, dans la réalité quotidienne : les défaillances du système judiciaire. Et Dieu sait combien d'hommes susceptibles de récidiver sont dans la rue, potentiel danger pour nos petites têtes blondes. Chez Jonathan le risque de récidive évalué par le psychologue qui le suit en prison est très élevé. Alors pouvait-il être relâché dans la nature sans obligations de soins ?

    Pour autant, nous sommes confronté à un trentenaire qui malgré ses faibles capacités intellectuelles, va prendre en compte les leçons apprises pendant son internement et poursuivre le travail effectué  après sa libération. Mais il lui manque un appui logistique, le dialogue avec un spécialiste. Aurait-il eu plus de chance ? On ne le saura jamais, et rien n'est moins sûr évidemment.

    C'est dans un huit-clos angoissant que l'auteure nous tient en haleine malgré la lenteur d'un récit narré à la 3e personne dans lequel nous partageons les pensées les plus sombres de Jonathan. Inge Schilperoord nous maintient sur le fil comme un équilibre sur sa corde. On s'attend à chuter à toutes les pages.

    Pendant une grande part du récit, on s'interroge sur le lien avec le titre et la symbolique de la tanche. Il nous faudra parvenir au terme de la lecture pour comprendre. 

    Le style de l'auteure est maîtrisé et elle nous maintient par ses mots dans une ambiance glauque, moite et étouffante dans tous les sens du terme. Elle remue en nous des sentiments parfois controversés, car Jonathan, malgré sa perversité est malgré tout, très humain. A travers ses efforts, nous vivons sa souffrance constante, sa volonté farouche d'échapper à ses pensées et au contrôle de ses actes. C'est si particulièrement décrit que le lecteur ne peut s'empêcher d'éprouver un peu d’empathie mêlé de pitié pour le personnage qui lutte contre ses démons.

    Sa relation avec la gamine, dont le prénom ne sera prononcé qu'en fin de lecture comme pour humaniser davantage la dernière scène, est particulière.  C'est celle d'une gamine abandonnée dans un quartier fantôme avec pour seule compagnie un adulte qui aime un peu trop la compagnie des petites filles. Et Ekel est une petite fille peu ordinaire, dont la présence est  pour le jeune homme à la fois un apaisement et une torture, qui le pousse à un contrôle constant de ses pensées et ses pulsions, tentant  sans cesse de se contraindre à agir pour le bien-être de la petite fille. Justifications pour soulager sa conscience ?  Je m'interroge.

    Dans les derniers chapitres nous partageons une foule de pensées les plus horribles qui soient. Etre dans la tête d'un pédophile est très dérangeant. Après avoir nagé à contre courant Jonathan va-t-il sombrer ? Se noyer ? Où parvenir à gérer ses pulsions ? Le suspens monte crescendo.

    Le dénouement vous donne envie d'hurler. Et j'avoue que je ne sais que penser de cette issue. Un bien pour un mal ? 

    Ce final perturbant n'améliore pas votre état d'esprit. Au contraire, on en veut à tous les protagonistes de cette fiction, la mère de la fillette absente, celle de Jonathan qui ne lui a été d'aucun soutien, le système judiciaire, la société en général et le protagoniste principal et à l'auteure elle-même pour nous avoir bouleversés avec une fiction qui touche de trop près à un problème grave en soulevant de nombreuses interrogations.

    Comment protéger les enfants de ce fléau impossible à gérer alors que le système judiciaire défaillant donne la possibilité à des individus, évalués potentiellement sujets à la récidive, de côtoyer des enfants ? Protéger des gamines abandonnées à leur sort, et dès lors, proies encore plus faciles, pour les prédateurs sexuels ? Quelles sont les possibilités médicales d'enrayer les pulsions sexuelles anormales ? Existe-t-il une réponse à ces questions ? Au vu  de tous les drames narrés dans les médias, il semble qu'il n'y en ait pas. Que le problème touche tous les pays de la planète. Et c'est douloureusement effrayant.

    Un roman troublant, émouvant, dérangeant qui vous remue aux tripes et vous met la tête à l'envers. La mission de l'auteur d'interpeller le lecteur est parfaitement réussie. la psychologie du personnage principal est parfaitement dépeinte, partagée et les émotions ressenties dans ce portrait brossé avec justesse.

    Je comprends les réactions du public devant ce livre. C'est une lecture que tout le monde ne peut pas faire. Pour les autres elle ne sera pas facile. Ce n'est pas le genre de lecture que l'on fait d'une seule traite. C'est impossible. C'est trop remuant. Le sujet est sensible et de ce fait suscite des émotions variées et voue cloue au sol. Je ne sais pas si je dois remercier ma binôme ou la honnir pour m'avoir offert ce livre, voulant partager avec moi les émotions qu'il a suscité en elle et que nous avons partagées et débattues. 

    Alors maintenant quelle note attribuer à ce roman ?

    La tanche

     Un ne peut moins, car il faut prendre en contre que l'objectif de toucher le lecteur est atteint, que le huis-clos angoissant et la montée en puissance des émotions est parfaite et les sentiments au rendez-vous. Comme dit ma binôme l'auteure vous transperce le cœur. Une fois de plus Belfond éditions vous offre une nouvelle pépite littéraire avec l'appréhension d'un sujet traité autre que celui du point de vue de la victime..

    L'auteure :

    Nationalité : Pays-Bas 

    Inge Schilperoord est rédactrice et journaliste pour des journaux prestigieux en Hollande, Psychologie
    Magazine, NRC Handelsblad, Het Parool et le magazine du festival Crossing Border.
    Elle est également psychologue judiciaire. C'est d'ailleurs dans le cadre de son travail, au contact de plusieurs condamnés pour pédophilie, que lui est venue l'idée de son premier roman, "La tanche".
    Très remarqué aux Pays Bas, finaliste de tous les plus grands prix littéraires (dont le prix Fémina étranger), "La tanche" a été couronné du Bronze Owl, meilleur premier roman de l'année.
    Inge Schilperoord partage son temps entre La Haye et Gand.
     
    Le détail :
     
    Dans cette fiction l'auteure semble vouloir démontrer qu'un pédophile livré à lui même ne peut pas échapper à son trouble psychique. Les concours de circonstances favorisent le risque de récidive. Quelle solution restait-il à Jonathan pour échapper guérir de sa pathologie ?
     
    La parenthèse :
     
    Définition  de la pédophilie
     
    Trouble psychique caractérisé par l'attirance sexuelle persistante d'un adulte envers les  enfants prépubères. Cette attraction doit par ailleurs être associée à une souffrance cliniquement significative ou à une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines important. Une personne ayant un trouble de la préférence sexuelle envers les enfants est décrite comme étant pédophiles. Ce trouble peut toucher des hommes et des femmes.
     
    Traitements:
     
    Historiquement différentes approches ont été tentées, dont les psychothérapie psychodynamique, des approches éclectiques et des thérapies de groupe. Depuis, les psychothérapies cognitivo-comportementales sont plutôt utilisées.
     
    Les psychotropes prescrits sont les traitements hormonaux, mais leur efficacité est remise en cause. Tandis que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, peuvent diminuer l'obsession sexuelle et améliorer les symptômes de l'humeur.
     
    La psychiatrie biologique propose la castration chimique, dont les résultats ne sont pas entièrement probants, et expérimente d'autres traitements médicaux. La castration chirurgicale, proposée également, est illégale en France.
     
    En France, la seule association qui se propose d'accompagner les pédophiles est L'Ange bleu.
     
     
    Extraits citations :
     
     
    "Maintenant , je dois faire bien attention."se dit-il, "J'ai le temps maintenant.."
     
     
    "Ce qui est mauvais, ce n’est pas la personne qui a commis les actes, mais ce sont les actes qui transgressent les limites. Nous apprenons ici à maîtriser ces actes"
     
     
    " il avala sa salive avec peine, il voulait se dégager de cette conversation. Les propos de la fillette tissaient comme un filet que l'on aurait jeté sur lui et qu'on pouvait resserré à tout moment autour de son coup"
     
     
    "elle le comprenait. Et lui la comprenait. Cela pouvait bien se passer. C'était différent de la fois précédente. Il était capable de gérer cette situation"
     
     
    " On pouvait tout apprendre de la théorie, tel était son raisonnement, et faire des exercices jusqu'à l'épuisement, mais en définitive, l'important était la pratique. Dans la pratique, il fallait savoir quoi faire. Il resta donc planté là à regarder. Les tourbillons de sa jupe, ses cuisses à la leur du faible éclairage dans le jardin, pourtant il parvint à garder son calme."
     
     
    "Que savait le manuel de ce qu’il traversait, de tous les effort qu’il mobilisait ? Que savait-il de lui, en tant que personne ?"
     
     
    " Jonathan s'éloigna d'elle de quelques pas. Le soleil filtrait à présent à travers les nuages et  se projetait droit sur le visage de la fillette. La scène avait quelque chose de biblique."
     
     
    © I. Schilperoord
     
     
     
     

     


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    A jamais tu obéiras LCJulie a tout pour elle : jeune, jolie et brillante, sa vie est une réussite sur toute la ligne. Jusqu’au jour où elle se fait kidnapper sur le parking de la gare. 
    Son ravisseur est le type même de psychopathe dont on découvre régulièrement les exploits macabres dans les journaux. Mais il n’agit pas seul. 
    À côté de lui, solide comme un roc, il y a sa femme, Cora. 
    Celle dont la vie ressemble à un cauchemar depuis toujours : un père alcoolique, un mari violent et un terrible secret. Sauf que Cora n’est pas là pour apporter du réconfort aux victimes de celui qu’elle ne quitte pas des yeux. La fonction de Cora est tout autre... 
    Soumises toutes les deux aux abus d’un homme machiavélique et pervers, Julie et Cora deviennent l’une pour l’autre un objet de haine et de fascination. Mais parviendront-elles pour autant à s’unir contre le mal ?

    Editeur : Fleuve Noir Pocket
    Genre: Thriller psychologique
    Date de sortie: 14/09/2017
    Prix du livre papier : Broché 19,90€   Poche :  7,50
    Version numérique: 13,99 €  ??
    Nombre de pages version papier :  448

     

    A jamais tu obéiras LCThriller psychologique déconcertant. Alors que l'on s'imagine que Julie, la jeune fille kidnappée, sera au centre de l'histoire, il n'en est rien.

    Certes, la jeune fille est la victime dans cette intrigue et pourtant elle n'est pas la seule. C'est ce que va nous démontrer l'auteure dans ce récit dans lequel nous découvrons la vie de sa geôlière. Si celle-ci ne fait pas subir de sévices à Julie, son consentement tacite est impardonnable. Néanmoins Koethi Zan va tenter de retourner le lecteur dans son idée de départ.

    Je craignais en début de lecture de tomber dans un roman rassemblant au dernier tome que j'ai lu de cette auteure La liste de nos interdits. Si, ici encore, l'auteure ne s’étend pas sur les violences physiques infligées à Julie, que nous sommes encore dans une histoire de séquestration, ce roman n'a rien à voir avec le premier. Même si le thème de la survie, à tout prix, pour notre kidnappée, est un élément principal de cette intrigue. 

    Koéthi Zan, s’intéresse plutôt au mode de pensée et à l'influence des manipulations psychologiques chez une jeune fille ayant vécu un  événement traumatisant. 

    Ceci expliquerait-il le comportement dépendant de Cora envers James qui fait d'elle son esclave tout autant que l'est Julie ?

    Cette dernière va-t-elle découvrir le point faible chez sa geôlière ?Pourra-t-elle l'utiliser pour parvenir à s'enfuir ?

    L'histoire semble complexe avec ses flash-backs et l'entrée en scène d' Adam, flic rétrogradé, qui mène une quête personnelle. À vrai dire, on ne comprend  pas vraiment sa place dans cette intrigue, ses motivations, son obsession sur le cas de Lauren/ Cora  qu'il se focalise. Hormis le fait que cela serve à l'intrigue bien sur. On comprend encore moi son comportement lors du dénouement.

    L'auteure parvient à brosser parfaitement le portrait psychologique de nos protagonistes, cependant il est difficile de donner un âge précis ( hormis pour Julie ) aux personnages.

    De même, on note quelques incohérences   en ce qui est de celui de Cora, dépeinte bien plus mature par rapport à l'âge qui lui attribué dans son passé aux moment des faits dramatiques de sa vie. Je ne suis pas certaine que son comportement soit en adéquation avec ses 13/14 ans. De plus on ignore l'âge de Read et de sa bande.

    Malgré ses bémols l'histoire est addictive et le lecteur est intrigué par l'issue de cette aventure. Aura-t-elle une fin heureuse ? Les rebondissements nous font douter.

    Arrivée à la dernière page je suis déconcertée par cette fin abrupte. D'abord je déteste ce style de final. Mais surtout je le trouve bien trop improbable. Je ne m'explique pas totalement la réaction de Julie au vu des sévices infligés par ses geôliers. De plus trop de questions restent sans réponses en ce qui concerne le mari invisible, la propriétaire de la ferme, la victime précédente, le traitement que subit Julie vu la mission qui lui est allouée. Au lecteur de se faire ses propres idées. Cependant les éléments du puzzle sont bien trop peu nombres, ce qui donne une impression d'inachevé.. 

    Je ressors donc avec un avis mitigé, alors que j'ai énormément apprécié l’approche psychologique de l'auteure, du portrait de ses protagonistes blessés, fragiles et perturbés par des drames du passé. L'auteure s'est penchée sur les choix de l'individu, nous incitant à cette question : peut-on échapper à notre destin ? 

    En effet, qu'elle aurait été la vie de Cora avec des Si ? Si son père n'avait pas bousculé sa vie, entraînant toute une série de choix déplorables ? De ce fait Cora n'est-elle pas elle même une victime qu'il faut protéger, à qui il faut donner une deuxième chance ? Mais celle-ci n'est-t-elle pas trop endoctrinée, au point qu'il soit trop tard pour elle ? 

    L'étude choisie par Koétie Zan est intéressante, mais en arriver à s'interroger sur la possibilité de considérer Cora comme une victime et lui donner une chance  comme le souhaite Adam est très déconcertant. 

    Malgré la démonstration de l'auteure à travers tout un cheminement, je reste dubitative sur l'issue possible de ce roman.

    En fin d'analyse de mes sentiments je reste encore avec un avis mitigé sur ce roman, remarquablement écrit et argumenté. Mais je ne suis toujours pas convaincue sur la crédibilité du dénouement et une intrigue traité superficiellement dans certains domaines.

     

    A jamais tu obéiras LC

     

     

    Avec Gaelle et Anne


    3 commentaires
  • Inexorable LCVous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.
    Inexorables, les conséquences des mauvais choix d'un père.
    Inexorable, le combat d'une mère pour protéger son fils.
    Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l'éternel coupable.
    Inexorable, la volonté de briser enfin l'engrenage...
    Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

     

    Editeur :  Robert Lafont Collection La bête Noire
    Genre: Thriller
    Date de sortie: 11/10/2018
    Prix du livre papier :  Broché : 20,00€ 
    Version numérique:  13,99€
    Nombre de pages: 384

     

     

     

     

     

    Inexorable LCClaire Favan est une des auteures fétiches de ma binôme de lecture. Alors quand elle vous demande de laisser tomber les livres prévus pour la suivre sur cette LC, je fonce sans réfléchir.

    De cette auteure je n'ai lu, à ce jour, que Dompteur d' Anges. J'avoue que Claire Favan m'avait séduite et que d'autres romans sont dans ma PAL.

    L'auteure précise en introduction que ce thriller n'est pas comme les autres. Personnellement n'ayant lu qu'un texte, ça ne me dérange pas.   Mais très rapidement on comprend pourquoi elle préfère en informer ses lecteurs.

    Ce thriller est plus intimiste car il s'appuie sur l'expérience personnelle de l'ostracisme envers les enfants différents et leur conséquence sur la dynamique familiale. J'ignore de quoi souffre son fils, Gabriel, et son âge, toujours est-il qu'il en a écrit la préface et  l'on comprend très vite d'où lui vient l'inspiration pour ce roman, personnel dans lequel elle lance un appel à tolérance face à la différence, et soulève également beaucoup d'interrogations et suscite  des remises en questions.

    Cette histoire vous chamboule au delà du possible, avec une histoire addictive et douloureusement plausible et effrayante car elle est si crédible qu'elle peut, du jour au lendemain toucher tout le monde.

    J'ai donc eu beaucoup de mal à le lire d'une traite, il m'a fallu me distraire avec d'autres lectures plus légères car l'histoire de Milo est particulièrement angoissante et émouvante.

    On ne peut rester indifférent devant la chute inexorable de ce petite bonhomme de 4 ans vers le coté sombre. C'est un roman d'une noirceur sans nom et l'on ne peut envisager un happy-end. Tout ce combine pour pousser encore et encore Milo vers un trou sans fond, dont au bout de quelques tentatives, il ne fait même plus d'efforts pour en sortir. Il accepte son inexorable destin.

    Le plus perturbant dans cette lecture, c'est qu'on s'interroge sur la part de responsabilité de tout un chacun :

    • Un système scolaire défaillant et qui met Milo à l'écart des autres ne sachant pas comment le gérer
    • La société qui vous met dans une case, vous colle une étiquette dont on ne peut plus se défaire quelques soient vos efforts.
    • L'individu qui vous rejette parce que vous êtes différents sans chercher à vous comprendre et qui ne vous donne aucune 2e chance.
    • Des parents qui font de mauvais choix.
    • Une mère isolée qui ne sait plus comment faire, ni vers qui se tourner.
    • les a priori qui vous stigmatisent et font de vous le coupable désigné même si vous ne l'êtes pas.

     

    Milo se retrouve donc victime du système, un système qui broie tout sur son passage. Mais doit-on ne  ne prendre en compte que la part de l’inexorable rouages de la société ? Ne serait-ce pas,  peut être, un peu trop réducteur ?   Ne sommes nous pas responsables de nos choix. Est-il raisonnable alors d'incriminer les autres pour les mauvais chemins que l'on prend. Dans la vie ne faut-il donc pas assumer les conséquences de ses  décisions, quelques qu'elles soient ? 

    On s'interroge, donc, sur la place du facteur X, cet inconnu qui vous pousse dans un sens plutôt qu'un autre et c'est que l'on en vient à se poser cette question, après coup : Et SI ?

    Et si Milo avait obéi à sa mère ? Pris une autre décision que celle de rejoindre sa bande d'amis. Peut-on imaginer un autre dénouement ? Une nouvelle question se pose :  Milo  est-il victime ou acteur de sa déchéance ?

    Ce thriller stressant, nous émeut, nous attache à Milo et à sa mère. Un mère qui est capable de tout pour le sauver. Et nous jusqu’au irions nous, malgré la perte de confiance, et ce doute insidieux qui vous dit que tout porte à croire que votre fils est un meurtrier.

    Tout comme Alexandra, le lecteur s'interroge devant ce puzzle qui s’emboîte parfaitement pour désigner Milo comme coupable. Le délit de faciès en plus. Milo est un petit délinquant dont le père a été arrêté pour braquage. Les chiens ne font pas des chats ? Non ? Milo est un violent depuis l'âge de 4 ans. Alors que penser ?

     Le dénouement et les rebondissements vous laissent avec quelques interrogations. Claire Favan en dit trop et pas assez. La culpabilité de Milo, suite au suicide de Manu reste sujette à interprétation. Mais elle parfaite pour moi.

    Un roman parfaitement maîtrisé par cette reine du polar qui a choisi, cette fois-ci la France et un milieu modeste, des problématiques contemporaines,  pour un thriller différent et pour moi c'est un défi relevé haut la main.

    Je kiffe à 100% la couverture avec ses rouages qui a la fois vous broient et qui poursuivent leur cycle inexorable.

    Coup de coeur.

     

    Inexorable LC

     

     

     

     

    Avec Gaelle

     

    Extraits citations

     

    " Si certains membres de la bande d'origine ont retrouvé la raison avant qu'il ne soit trop tard , eux 6 sont restés soudés dans l'échec " 

     

    " Avoir foi en son  fils ? Franck est-il bête au point de ne pas voir que c'est la crainte qui régit ses rapports avec Milo  ?"

     

    " Même quand les arguments de sa mère finissaient par le toucher et par le remotiver et qu'il parvenait à redresser la barre pendant quelques heures, sa réputation anéantissait tous ses efforts "

     

    " Il aura toujours  une image altérée de lui, celle d'un gosse qui malgré tout l'amour qu'il lui portait, ne valait rien pour son père "

     

    " est-ce normal que les échecs du système vous privent à ce point de ce qui est naturel et inné ?"

     

    " Comme elle aimerait tailler à coups de hache  tout ce qui dépasse pour que son fils  rentre enfin dans le putain de moule e l' Education nationale"

     

    On le surveille comme le lait sur le feu. On ne lui pardonne rien et les réactions des adultes sont disproportionnes, à la mesure de leur incapacité à le comprendre et à le calmer.' 

     

    © C. Favan

     

     


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    Même si on se quitte  SPDans un petit village du Loiret, Lara doit dorénavant s acquitter seule des dettes de la clinique vétérinaire depuis que son époux, vétérinaire et joueur de poker, a subitement disparu quelques jours avant Noël. Raphaël, son ami d enfance, commandant de gendarmerie, veille amoureusement sur elle. Une nuit, après une intervention difficile sur une jument, elle sauve de la noyade Dimka Chernikoff, le célèbre et séduisant entraîneur russe du PSG. Cette rencontre marquera le début d une nouvelle vie pour cette femme pleine de surprises, mais les fantômes du passé resurgiront vite de ce voyage entre la France et la Russie. Chacun d entre nous cache des secrets plus ou moins avouables qui rongent pernicieusement nos âmes. Lara, Raphaël et Dimka n échappent pas à la règle.

    Editeur :  Incartade(s) Editions
    Genre: Thriller 
    Date de sortie: 11/10/2018
    Prix du livre papier :  Broché : 20,00€ 
    Version numérique:  4,99€
    Nombre de pages: 300

     

     

    Même si on se quitte  SPTout d'abord un grand merci, à Incartade(s) Editions pour avoir accepté ce partenariat qui débute avec ce premier service presse.

    Un thriller qui ne correspond pas à mes standard en matière de thriller, plus centrée au prime abord sur la romance entre Dimka Chernikoff et Lara. Une histoire d'amour qui se noue,  bien trop rapidement à mon goût entre nos deux protagonistes.

    Mais en dehors de la romance, l'auteure aborde des sujets contemporains et graves comme les violences conjugales, l'addiction au jeu, les secrets qui en découlent, les mensonges, l'amitié indéfectible, les relations familiales, le désamour et surtout les effets post traumatiques liés à des violences perpétré sur un être humain.

     Un savant mélange de thèmes qui donne de la force au récit et brossant de ce fait un contexte réaliste. Babsy Bisiaux nous intrigue avec la disparition du mari et l'on s'image que le roman va tourner autour de cette disparition insolite,  au vu des menaces d'hommes inquiétants qui réclament leur dû. Mais au fil des chapitres tandis que Raphael, l'ami fidèle, veille sur Lara, avec beaucoup d'empressement et de possessivité, l'intrigue prend un virage inattendu.( Je me garderais  de développer au risque de spolier ) Malgré quelques soupçons, j'étais loin de connaitre toutes les réponses.  Babsy Bisiaux sème le doute dans votre esprit. Certaines idées s'avèrent totalement fausses tandis que d'autres se confirment en cours de lecture.

    La plume de l'auteur, fluide et plaisante et l'histoire addictive. Son style narratif est agréable. Ses sujets maîtrises, quels qu'ils soient et particulièrement développés.  A travers son récit elle nous instruit de manière ludique sur le monde du football, les soins vétérinaires, les enjeux politiques de certains pays, leur culture. Tout ceci pourrait sembler digressif, mais la manière de l'auteure de l'inclure dans le récit est originale et les détails ne sont pas ennuyeux. Au contraire ils plantent le décor.

    C'est à travers les dialogues, finement menés, que Babsty Bisiaux nous brosse le passé des protagonistes, et les rends les personnages plus tangibles. de plus ces informations sont importantes pour le présent. De même elle s'attache à dépeindre les ambiances et les émotions de nos protagonistes principaux.

    Les personnages sont bien campés, mais je ne suis pas parvenue à m' y attacher hormis Raphael, son soutien sa présence constante m'a touchée.

    Le dénouement ne sera pas surprenant, malgré les rebondissements parfaitement dosés, car l'auteure a déposé, pour nous, des petits cailloux tout le long du chemin. L'issue est donc inéluctable et en adéquation avec le titre parfaitement choisi.  

    Un très bon moment de lecture, même si j'ai trouvé que la romance, entre Dimka et Lara, prenait trop d'importance. Quelques séries d’événements m'ont fait un peu tiqué, coté cohérence, (eh oui je m'attache à des petits points de détails plus que la majorité des lecteurs, tout le monde le sait ).

      En conclusion  Je m'attendais à un roman thriller classique on est un peu plus dans de la romance avec un mystère en toile de fond. Un peu trop romancé à mon gout, mais une belle plume, une bonne construction de l'histoire et des thèmes contemporains bien documentés, des ambiances bien rendus

    Babsy Bisiaux est une auteure à découvrir et Un jour le printemps reviendra est dans ma PAL, le résumé m'a intrigué. 

     

    Même si on se quitte  SP

     

     

     

    Extraits citations 

     

    " Elle se forçait à croire qu'elle avait agi dans l’intérêt de son fils, qu'il puisse grandir dans une famille unie, mais elle reconnaissait qu'elle avait trop souvent fait preuve de soumission et de lâcheté" 

     

    " Elle aimait les responsabilités, les obstacles, même  hauts, à surmonter car ils signifiaient qu'elle était libre . Libre de se coucher lorsqu'elle en avait besoin, libre de se réveiller lorsqu'elle le décidait, libre de lire, d'écouter la musique, de blasphémer, libre de s'habiller selon ses envie et non suivant les appétences ou les convenances de Guillaume "

     

    " - C'est dur de ne pas savoir, et je sais de quoi je parle. Ne pas savoir, c'est tout imaginer, du meilleur comme du pire"

     

    © B. Bisiaux


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  • Au fond de l'eau LCLa veille de sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n'a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d'être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, leur ville natale, Julia est effrayée à l'idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

     

    Editeur : Pocket
    Genre: Thriller
    Date de sortie: 14/06/2018
    Prix du livre papier : Broché 22,00€; Poche : 8,10 €
    Version numérique: 9,99 € 
    Nombre de pages : 504

     

     

     

    Au fond de l'eau LCPaula Hawkins vient encore nous surprendre avec un deuxième roman. Un roman très  déroutant avec un mode de construction déconcertant qui fait que l'on peine un peu à entrer dans l'histoire tant elle est sinueuse, comme la rivière qui coule à Beckfort avec son bassin aux noyées et ses eaux sombres et mystérieuses, dans lesquelles se sont noyées tant de femmes de leur plein gré où pas.

    Nel y a disparue à son tour. Suicide assure sa fille Lena. Impossible pense Jules/Julia la sœur. Mais comment peut-elle savoir vu que Nel et elle sont brouillées depuis des années ?  Connaissait-elle vraiment sa sœur ? Les souvenirs qu'elle possède de cette dernière ne sont-ils pas altérés par le temps ? Nel était-elle celle que Jules décrit ?  

    C'est un des thèmes qu'aborde l'auteure dans cette intrigue. Connait-on vraiment nos proches, nos parents, nos frères, nos sœurs, nos filles ?

    Kathie, 15 ans ou 17 ans, je ne sais pas, s'est jetée dans le bassin aux noyées, sac à dos et poche lestées de pierre. Il n'y a pas de doute sur son suicide, mais pour tous et surtout ses parents c'est l’incompréhension la plus totale. La jeune ado respirait la joie de vivre. Rien dans son comportement ne laissait présager cette décision, même pas la veille de sa mort. Soirée que sa mère décortique à l'infini. Comment a-t-elle pu ne pas voir la détresse de sa fille ? Et surtout l’éternelle question qui tourne en boucle dans sa tête : le Pourquoi. 

    Et nous voilà embarqués dans  un autre thème, le deuil d'une enfant, la méconnaissance de la vie qu'elle mène en dehors de nous, les secrets. Tandis que certains cherchent à comprendre pour pouvoir avancer, d'autres tiennent des promesses. Taisent la vérité. Car la vérité n'est pas toujours bonne à dire, elle peut détruire des vies. Mais la vérité finit toujours par éclater, car on est souvent plusieurs à la détenir.

    Et hop, un nouveau thème central dans cette énigme :  existe-t-il une seule vérité ? La vérité vraie, comme disent les enfants. N'existe-t-il pas, parfois, plusieurs interprétations à des événements vécus par des personnes différentes et chacun, de fait, pense détenir la vérité. SA vérité.

    C'est ce que découvrira Jules, un peu trop tard pour se réconcilier avec sa sœur, quand elle prend conscience qu'elle a interprétée à sa manière, certaines paroles suite à un événement fort de son passé. Et à partir de là, chacune d'elle a détenue, la vérité sur un même événement.

    " Mais que savait-elle de la vérité au juste ? Les gens ne font que raconter leur version de l'histoire " 

    Mais la vérité est aussi manipulable. La preuve avec l'histoire de Lauren, la femme de Patrick et la mère de Sean. Il faudra que l'eau coule sous le pont avant que Sean comprenne que ses souvenirs ont étés manipulés pour coller à  ce que son père Patrick veut qu'il se souvienne.

     Dans cette intrigue à plusieurs voix donc, beaucoup même, les sujets sont donc particulièrement forts et contemporains dans une aventure impliquant donc de nombreux personnages avec leurs histoires propres. Et on se demande quel en est le lien.  On avance à petits pas  en prenant garde de ne pas se laisser submerger par l'eau au risque de nous noyer dans ce flot continu d'informations de toutes sortes.

    L'eau, tout tourne autour d'elle avec toute sa symbolique. Elle tient donc une grande place dans le roman avec son sinistre bassin aux noyées. le mysticisme aussi, avec le personnage de Nikkie qui détient elle aussi des vérités transmises par les défuntes. Vieille folle, ou observatrice née ? Après tout c'est un petit village, de sa place à la fenêtre, n'est-elle pas bien placée pour suivre les va et vient de ses voisins ? Mais peut-être est-elle tout simplement détentrice de secrets ?  Car comme partout dans le monde, les gens ne sont pas toujours ceux qu'ils paraissent. 

    L'intrigue est complexe tant l'auteure aborde des événements sans liens apparents entre eux. La mort de  Libby, au siècle dernier pour sorcellerie, ayant séduit un homme marié, Kathie la jeune fille parfaite qui cache un lourd secret par amour,  Anna qui a assassiné son mari avant de se noyer, Lauren la mère  de notre enquêteur qui s'est, semble-t-il, suicidée, et pour finir Nel et son obsession pour cette rivière et ses femmes disparues. 

    Nous suivons donc chaque personnage dans ses pensées, ses actions.  L'auteure instille les informations au compte goutte, mais au fur et à mesure que l'on avance dans le récit tout ce met en place, et nous parvenons au dénouement, logique, pas vraiment inattendu.

    En conclusion un thriller haletant et passionnant passé le cap des premiers chapitres et l’alternance de voix dans le récit. L'intrigue est bien ficelée, la plume de l'auteure plaisante et fluide.  Presque un coup de cœur.

     Car petit hic, eh oui, il y a en a un. C'est encore mon besoin de crédibilité qui parle. Elle concerne le chapitre Lena/Mark ( oups j'avais fait une erreur de prénom) et une mystérieuse disparition. Étonnant non ? Je suis curieuse d'avoir l'avis de mes copines de lecture sur d'autres questions sans réponses. 

     

    Au fond de l'eau LC

     

     Avec Gaelle, Marie et Anne qui nous abandonnées en cours de route.

     

    Extraits citations

     

    "- (...) je n'ai aucune envie d'aller mieux. Comment le pourrais-je ? Mon chagrin me semble tout à fait approprié. Il... pèse juste ce qu'il faut, il m'crase pile comme j'en ai besoin. Ma colère est saine, elle m'aide à tenir"

     

    " Et au milieu, il y a cette rivière, et c'est cette rivière qui est le plus étrange, parce qu'on a l'impression que quelque coté qu'on se tourne, quelle que soit la direction vers laquelle on se dirige, on finit toujours par  tomber dessus"

     

    © P. Hauwkins

     


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